YEROLD ET L’ENSEIGNEMENT INVERSE

Yérold, est l’école prestigieuse dans mon livre Lileau. Le mot Yérold m’est venu en pensant aux grandes universités, les « Big three colleges » (Yale, Harvard, Princeton) ou encore à la non moins prestigieuse Stanford. Des noms qui me faisaient rêver étant jeune… Ce Lycée Yérold, je l’ai imaginé tout en pierres blanches, immaculé comme une page à écrire. Cela me rappelle aussi la splendeur claire de l’université de Moscou sur les bords de la Volga : Lomonossov, ou encore les vieux murs de la Sorbonne à Paris. Mais Yérold, je l’ai surtout pensé avec un enseignement inversé.

En effet, à l’heure actuelle, serait-il encore judicieux pour des professeurs de dispenser des cours dont les contenus sont à disposition sur internet. Il y a sûrement plus que de l’information à donner aux étudiants. A quoi serviraient les enseignants si l’école était uniquement de la transmission de connaissances ? Seraient-ils devenus juste des limites pour empêcher leurs élèves de s’éparpiller dans la nébuleuse du web, des garde-fous ? (Amusant cette expression…).

Dans le lycée imaginaire de Yérold, l’élève cherche lui-même l’information. Et de par son ignorance, son manque de barrière intellectuelle, il explore fatalement de nouveaux chemins non conventionnels, non attendus. Il faut qu’il se disperse pour pouvoir progresser et trouver de nouvelles connaissances, un autre point de vue. L’enseignant, lui, est le référent vers lequel l’élève se tourne pour s’assurer qu’il n’est pas sur un chemin déjà exploré, qu’il est à même de trouver d’autres informations, de nouvelles issues. Quant au professeur par le questionnement, l’analogie, la réfutation ou même l’ironie, il amène son élève vers de nouveaux raisonnements, de nouvelles perspectives, créant chez l’étudiant une ouverture d’esprit en attisant sa curiosité. Et l’élève peut alors dépasser le maître ! Mais surtout leurs échanges les amènent tous les deux à faire progresser la connaissance. Cela pourrait ressembler au mode d’enseignement de Socrate (la maïeutique) … De ce que je me souviens des cours de philo, Socrate interrogeait ses élèves de façon à dévoiler la connaissance enfouie au fond d’eux. On dit qu’il « accouchait les âmes ». Il partait du principe que l’âme de chacun avait la connaissance ultime en toute chose.

Mais pour ma part, à Yérold, il n’est pas question de quelconque croyance en l’âme, religion, animisme ou autre sectarisme, ésotérisme et mots en isme (le isme ça crée le schisme ?). Le process d’enseignement est juste de faire fonctionner les méninges des étudiants par des questions de logique pour les aider à déployer leurs capacités d’analyse, affiner leur perception de l’univers et apporter au professeur la candeur dans la recherche qu’il n’a plus. Les connaissances, trop vite obsolètes, peuvent être le pré-requis, le point de départ pour s’ouvrir vers de nouvelles recherches. Je me base sur l’idée que sans formatage ni expérience, nous sommes tous capables de trouver de nouvelles perspectives d’étude ou de bâtir de nouvelles choses grâce à notre imagination et notre créativité et de participer ainsi à l’évolution des connaissances. La recherche passe bien alors devant la transmission.

A chacune de nos générations nous avons connu des essais de nouvelles méthodes d’enseignement. Actuellement il existe une expérience d’enseignement inversé (Flipped Learning Network). Sans aller jusqu’à celui de notre école imaginaire Yérold, c’est un petit pas vers une autre approche de l’acquisition des connaissances et du développement de ses propres moyens d’apprentissage. Les cours, les équipements, les horaires, les devoirs sont modulables. L’élève, lui, participe à la construction de son propre parcours scolaire selon ses passions et son intérêt pour certaines matières. C’est aussi pour l’enseignant l’obligation d’une remise à niveau constante de ses outils pédagogiques. Pourtant, au nom du maintien de la transmission et de la culture générale mais sûrement aussi par le fait de quelques erreurs du passé, les nouvelles méthodes d’enseignement sont souvent vues d’un mauvais œil. Pourquoi vouloir cristalliser les choses du passé alors que tout évolue constamment ? Etre professeur n’est-ce pas, de toute époque, participer réellement à l’aventure des nouvelles générations, à l’invention du futur ?

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